Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
lutineries de plumoc

Clare torry...

27 Octobre 2015 , Rédigé par Renan Plaquet Publié dans #écrits d'atelier

Le texte de la semaine de l'atelier. Promis, cette semaine, vous verrez d'autres choses sur ce blog (enfin!).

Bonne lecture à tous.

Continue de crier, éraille cette voix cristalline qui me crève les tympans jusqu’à l’orgasme acoustique. Monte, et décroche ces aigus qui font vibrer mon cœur de cristal. Plus que quelques tons avant qu’il n’explose en morceau. Redescends dans le graves et fait durer l’instant, distord le temps de tes vocalises et fait moi planer à en oublier le Sud et le Nord, l’amer et le doux, la joie et la rage. Enveloppe-moi de cette mélancolie. Cette connasse qui se drape d’une fausse sagesse, qui nous fait tant rêver et nous donne l’impression de surplomber le monde, de le comprendre entièrement : nicher que nous sommes sur des dogmatismes imbuvables et intenables puisqu’on n’y voit que les orteils du monde.

Encore un peu… Relance encore on y est presque. Tes aigus vont finir par tout faire sauter en moi. Je pourrais enfin vivre le cynisme à la mode. Sortir six fois par semaine, boire pour oublier, et oublier de boire de l’eau, voir des expos sans les regarder, bouffer sans rien gouter, toucher sans ressentir, baiser sans y penser et mon contenter en toutes circonstances d’un « pas mal… ».

Au diable le palimpseste que j’écris et réécris depuis tant d’années. Il faudrait le bruler et recommencer sur du neuf, sur une page blanche. Ou plutôt sur une colorer, une bariolée, ça changerait un peu de cette morosité paralysante, de cette noblesse virginale que nous renvoie ces feuilles sans lignes qu’on voudrait bien remplir, mais qui se refusent inlassablement à la plume.

Recommencer ailleurs. Une première fois, une dernière fois, une vraie fois. Tout lâcher, comme cette voix qui a dû se murer dans un silence salvateur après l’enregistrement de « the great gig in the sky ».

Ces cris désespérés impriment pourtant une lutte qui ne pourra pas cesser. Personne ne peut t’arrêter Clare Torry, tu déchires l’air de tes notes et assassine les platitudes rencontrées.

Ça fait maintenant trois jours qu’à chaque répétition, tu campes un peu plus mon encéphale. Chaque occurrence enfonce un peu plus les sardines de ta tente entre les bourrelets de substance blanche, excite une révolte qu’il a fallu murer, et me gorge d’espoirs ; si ta tristesse a pu nous offrir tant de beauté, c’est qu’il m’est peut-être possible de sortir d’ici.

Pour l’heure, je modifie mon testament et te laisser l’honneur de figurer sur mon épitaphe : « Clare Torry m’a brisé le cœur ». Il faudra que je fasse plus, que j’y arrive vraiment, que je joue comme toi à pousser la perfection jusqu’aux limites de la grâce dérangeante qui engendre l’illumination. Mais, pour l’heure et bien que la route soit ouverte, mes souliers sont gelés et la foi me manque pour entamer ce périple en vas-nu-pieds.

Lire la suite

Cascade

18 Octobre 2015 , Rédigé par Renan Plaquet Publié dans #écrits d'atelier

La petite horloge électrique m’exaspère. Elle avance à la minute. Sans prévenir. Sans prendre la peine de seconder sa course. Elle ment et allonge ces unités d’au moins trois cents pour cent. Soit c’est ça, soit c’est mon palpitant qui déconne violemment. Les métros trainent toujours la nuit. Les gens ne s’y battent plus. Ils se laissent bercer, s’y préparent à dormir. Ça sent l’encéphale en décélération et l’aisselle harassée. Mon temps a pris de la coke dans ce monde de mous.

Une minute vient de tomber… plus que quatre.

Et ce jeune mec, à la dégaine de type surcontrôlé par des troupeaux de flics, qui me regarde avec un sourire aussi blanc que les carreaux qui tapissent les murs.

Pourquoi les avoir choisis blancs ? A-t-on vraiment besoin que les néons reflètent les taches, les déchets, les mégots, les crachats ? Le mec rigole maintenant, et sans s’en rendre compte, il se touche le poigné gauche. Cette fausse patte, bien qu’amusée par la cadence effrénée de mon bic sur le papier trop rêche, par ces yeux perdus dans le vide qui sautent tous les trois battements vers l’horloge, et tous les neufs vers son émaille de métro, ne peut s’extraire à l’empathique picotement du remplissage de copie double. Il rit franchement maintenant. Toutes dents dehors. On croirait qu’elles vont tomber. Je suis un running gag immobile qui déchaine, chez ce jeune homme, une microépilepsie contrôlée. S’il basculait la tête en arrière et révulsait les yeux, il serait en transe de rire.

Une chute et plus que trois minutes.

Un jeune couple passe devant moi. Ils parlent fort et leurs mots sont secs. Ça sent les reproches réciproques. La vie, implacable, joue une mélodie qui ne se rythme qu’a contre temps de nos rêves. Leurs espoirs, leurs aspirations, leurs promesses n’étaient que du terreau à vers. Ça fait pousser la vie, nourrie, prend soin, aère... Allongée dans une poussette, leur petite plante innocente à l’air perdue. Est-ce qu’on le ressent déjà à cet âge, que l’on n’est que par la putréfaction des rêves parentaux, que nous grandissons en rongeant leurs fantasmes, que nous nous nourrissons de leurs âmes jusqu’à les transformer en extension de la nôtre ?

Une autre glisse, et plus que deux.

La femme quelconque perd ses yeux dans le même flous que le mien et je dois changer de canal, élargir ma pupille pour ne plus percevoir, ni percentendre, ou percetoucher le rouge, les fracas et la froideur d’oniromicides en série perpétré en toute candeur par cet humain de monstre qui l’a fécondé. Elle m’est insupportable, cette jeune femme plantée au milieu d’un océan, en robe de mariée, nageant cent mètres à gauche, deux cents à droit, en ce demandant quel goût ont les cerises. Les vrais, celle qu’elle ramassait petite sous l’arbre de grands-parents rayonnant de s’être fait rongés. Ou peut-être juste heureux de voir leur voleur de sèves s’être fait prendre au piège à leur tour ?

L’avant-dernière tombe, la larme emplissant l’œil de Coré, elle, tient et ouvre, en déformant l’iris, la voie à Perséphone. Il n’en reste plus qu’une.

Plus qu’une et il faudra y rentrer. Ils seront pleins, et vu l’heure avancée, il y aura de la viande soule. Des guillerets, des prostrés, des nostalgiques, des endormis. Tous unis dans l’excès et la nudité. Ils laissent tomber le bouclier, le masque, l’armure. Leurs sentiments tourneront autour d’eux et entreront en moi. Je ne peux plus fermer les vannes. Il faut que je vous laisser passer à travers moi passivement. Je suis une étoile de mer émotionnelle que vous violez à tour de rôle sans vous en rendre compte avec vos idées noires, et vos réalités glauques.

Les zéros clignotent, et les gens se lèvent. Tout le monde se rapproche du bord du quai.

Il est l’heure de se coller aux autres dans la moiteur des cuirs d’automne. Heureusement, il y a un bout du chemin, un but à tout cela. À cinq mètres sous terre, j’arrive. Je me rapproche, dans le vacarme mécanique écrasant le silence humain, et je me concentre. Les sens écarquillés comme une parabole S.E.T.I., je cherche à capter la moindre trace d’une belle pensée, d’une que je connais, d’une en particulier, de mon calmant à palpitant qui m’enveloppe de toute son âme, qui fait baisser la fièvre, et fait déborder mon âme. De celle qui me fait pleuvoir à cascade, qui fait glisser sur nous vos invasions sans les laisser rentrer.

Et avec un peu d’avance, voici le texte de la mi-semaine ! Écrit en grande partie en sous-sol, quelques minutes après avoir posté le « thème ». J’espère qu’il vous plaira et rendez-vous demain matin pour une nouvelle semaine !

Lire la suite

Pierre qui roule...

14 Octobre 2015 , Rédigé par Renan Plaquet Publié dans #écrits d'atelier

Pour qui se prend-il Pierre ? À pousser des coups de gueule de sa voix rauque, à me donner des leçons du haut de son mètre soixante. À me croire pushing-ball humain payé 8 balles de l’heure. Il faudrait que j’aime ça ? Que je sois plus « corporate » ? Ton taff crétin accapare déjà mes jours et s’introduit doucement dans mes rêves. Les chiffres de la journée y défilent à l’envers pour pointer mes horreurs. Continue à me postillonner dessus cinq fois par jour, insulte-moi en franglais et relève donc cette trogne cuite que tu descends pour jouer les dominant alors que je suis plus grand que toi même lorsque je suis assis. Recule donc de moi cette haleine de clope mentholé, résidu du léchage de glottes biquotidien que tu entretiens avec Francine, la secrétaire aux ongles parfaits qui passe ses journées à ne rien branler à part ta pauvre nouille pendant que ta femme regarde d’un peu trop prêt votre Médor.

Je les entends tout le temps. Ça ne s’arrête jamais. Ils pensent, ils pensent, ils pensent tous dans ma tête et m’éructent à la gueule dans le monde des idées et se montrent les dents dans notre réalité. Rester là pour passer senior, puis « collab ». Un putain de collabo qui ramèn le sabot pour se faire tondre, une poule de basse cour qui fait tout pour engraisser son maq et lui gratter 3 grains de plus une fois tous les deux ans.

« Faut que ça mousse petit ! Faut que ça mousse dans nos bureaux ! Faut que ça mousse alors ne décolle pas de ta chaise, faut que ça mousse alors ne perd pas le nord. On te laissera deux, trois ans de sud avant la mort. Faut que tu mousses pour qu’on roule dans des usines à moteur. »

Mousse et galère-toi la rate à mettre trois ronds, pour un rêve qui n’arrivera jamais.

Mousse mon petit mousse, et n’oublie pas que tu seras le premier à te retrouver à l’eau quand la tempête grondera.

Mousse et plus tard tu rouleras. Quand on aura sucé toute la sève en toi, tu auras bien le droit à l’errance désolante d’un virevoltant.

Lire la suite

Le train du jeudi après midi (brute)

4 Octobre 2015 , Rédigé par Renan Plaquet

Le train du jeudi après midi (brute)

J’étais parti ce matin de Sens. Sans rire, sans larme ni espoir de retour. Dans la fraicheur d’avant l’aurore, j’étais venu peser sur ses bras une dernière fois…

Ça n’aura pas duré longtemps. À peine quelques semaines. Au début, nous étions gênés, mais c’est normal ! Tous les débuts de sont, au moins un peu… Je me souviens de sa main moite, du calme de son cœur, de la profondeur de ses soupirs. Elle était déjà foutrement jolie. La rencontre d’un triptyque parfait : les yeux bleus vert et le teint slave, les formes et les cheveux méditerranéens et la finesse des traits hindis. Son air gêné lors de notre première rencontre avait caché celui hautain qui gâtait cette divine créature bien trop assurée. Elle savait que personne ne pouvait résister. C’était une briseuse de cœurs, une bouffeuse d’âme, une sorcière

Je comprenais mieux le trac de notre entremetteur ; ses mains moites, elles aussi, son pouls de puncheur qui me bottait les fesses si tentées que j’en ai et sa respiration saccadée : un coup long, deux courts et une suite chaotique parsemée d’apnées.

Il tremblait déjà le soir où par sa plume et suivant l’encre, il m’avait donné l’âme qui m’anime aujourd’hui. Je suis né d’un homme perdu en mer, combattant les vagues de stresse du timide parti se faire peur et affronter son mal houleux, qui s’amuse en démiurge, à lui mettre la tête sous l’eau, à contrôler le rythme de ses poumons.

Quelques mots sur ma page blanche avaient suffi à me faire penser. Quelques mots malhabiles et retenus. Les timides ne sortent pas leurs tripes, même lorsqu’ils sont transis d’amour et qu’ils prennent leur temps pour assembler de leurs mains un livre de poèmes qu’ils n’ont pas su écrire.

Après quelques mois écrasé entre une méthode d’espagnol encore sous film plastique et le presque bois d’une bibliothèque Ikea, elle avait décidé de mettre fin à notre relation. Jeter ce bout d’âme, cette infusion de sentiment amoureux qui lui rappelaient trop, sans doute, qu’elle ne ressentait rien. Je ne lui en ai pas voulu de me balancer dans un carton à la lueur douce d’une ampoule écolo que l’on vient d’allumer. Cette beauté qu’elle portait ne permet pas d’aimer.

Elle m’offrait une dernière balade entre ses bras avec une vue imprenable sur le ciel de Paris. Un bâtiment obscur avec du monde des bips et d’autre bruit signait la fin de cette vie. Une dame m’a occulté comme si j’avais ebola. Elle m’a rendu à ma maudite déesse avant d’accepter tous les autres. « Désolé, on ne reprend pas les livres dédicacés. » : il n’acceptent pas les livres en vies ici, seulement les morts ou les aseptisés.

Sur le chemin du retour, je serrais les pages à chaque poubelle croisée ; notre histoire n’avait pas était belle, et je redoutais cette fin.

Un tiroir de bureau pour quelques heures, une dernière promenade ensuite, et nous voilà retournés à la gare en début d’après-midi. Arrivée dans le wagon, elle m’installe à côté d’elle, mais de l’autre côté du boyau qui se faufile entre les rangées de sièges de voyageurs.

Il n’y a pas beaucoup de monde dans le train de ce jeudi après midi. Le contrôleur annonce l’arrêt Sens, elle se lève, enfile sa veste et me remet debout, comme sur un présentoir roulant à vive allure vers Auxerre.

Il n’y a vraiment pas grand monde dans ce train… J’espère que quelqu’un me ramassera.

Lire la suite